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Le Figaro Multimédia du 06/02/2000

Internet : Regarder des bandeaux publicitaires peut alléger vos coûts de connexion

Surfez... Vous êtes payé !

Se connecter à internet coûtera bientôt moins cher que de regarder la télévision. On est du moins porté à le croire en découvrant les services de surf rémunéré, qui depuis six mois à peine, fleurissent sur la Toile américaine. Et, bonne nouvelle, ils s'intéressent désormais au public français.


Delphine Moreau

Le principe n'a rien d'une plaisanterie. Si les internautes, qui souscrivent à ces offres, sont bien « payés pour surfer », ils doivent accepter, en contrepartie, de visionner des écrans publicitaires adaptés à leur profil de consommation.

Le pionnier du genre, « AllAdvantage » propose de télécharger une bannière de deux centimètres de hauteur. Elle s'affiche en permanence sur toute la largeur de l'écran, telle une barre de menu. Dès que l'utilisateur se connecte, les publicités se succèdent sous la forme d'images animées. Accessoire d'aérobic ou « fameux steak de l'Ohio ». Tous les produits y ont droit. Pas besoin de commander pour rafler la mise : même s'il passe ses journées sur le web des pages jaunes l'utilisateur sera payé cinquante cents (environ 3 F) de l'heure. Mieux, en parrainant ses amis, il touchera une commission sur leurs gains, mais aussi sur ceux de leurs propres « filleuls »...

Les services de surf rémunéré fleurissent sur la Toile américaine.

 

Ils débarquent maintenant en France.
(Photo Studio B. Rossi.)

En admettant qu'un internaute surfe une heure par jour, qu'il arrive à convaincre deux filleuls, et ainsi de suite, sur cinq « générations », il percevra 666 F par mois. Une offre tellement alléchante qu'on ne sait pas très bien à quoi s'en tenir: Jackpot ou attrape-nigauds ? Selon l'institut de sondage en ligne Media Metrix, « Alladvantage » fait partie des cinq cents sites les plus visités dans le monde. Sur le web français « Picsou » (lire ci-contre), le rendez-vous des « cash-surfers », l'un d'entre eux s'interroge: « Qui d'entre vous a réellement reçu un chèque ? » Le site présente déjà une vingtaine de photos de chèques envoyés à de fidèles internautes. « Quand on s'abonne à ce genre de service, Les chèques ne sont émis que deux mois après, tempère le webmaster, qui compte plus de 5 000 filleuls. Ce système fonctionnant en France depuis moins de trois mois, les premiers chèques commencent tout juste a arriver. »

Ces sociétés de « Get paid to Surf » (ou « GP2S ») sont donc trop récentes pour évaluer leur fiabilité économique et le montant réel des gains qu'elles proposent aux internautes.

Optimiste, un groupe français a décidé de passer autre en lançant le premier GP2S hexagonal, baptisé Mediabarre . Il s'inspire directement d'«AllAdvantage». L'internaute doit d'abord remplir plusieurs questionnaires d'identification. Il est, ensuite contacté par mail pour télécharger sa Mediabarre. « Nous sommes un peu dépassés par les événements », avoue son administrateur, le publicitaire Hubert Janvier. Nous comptions trouver nos premiers annonceurs promotionnels une fois passé le seuil des 5O.000 inscrits, prévu pour le mois de mars. Nous en sommes déjà à 65.000 ! » Un célèbre fabricant automobile coréen aurait déjà choisi le site pour lancer son prochain modèle. D'après Hubert Janvier, les premiers « médiabarreurs » pourraient donc commençer à capitaliser dès cette semaine.

L'offre française semble toutefois nettement moins avantageuse qu'aux Etats-Unis. L'internaute ne perçoit que 0,05 F par publicité regardée. Et ces dernières ne sont pas diffusées en continu. Chaque profil d'internaute se voit attribuer un quota de publicités par jour. Une fois ces écrans visionnés, il ne touchera plus rien.

Enfin, l'utilisation, d'un bandeau Mediabarre est incompatible avec d'autres systèmes de rémunération. « L'appât du gain ne doit pas être la motivation principale des internautes « mediabarreurs », se défend Hubert Janvier. Notre objectif dans un premier temps, est de les aider à payer leurs factures. » La Mediabarre a des ambitions, plus larges que la publicité. Elle devraiit bientôt diffuser des dépêches d'actualité sur les centres d'intérêt des membres. « Et pourquoi pas à l'avenir l'associer à une carte à puce, qui, telle une carte de fidélité, offrirait des billets d'avion ou des assurances à tarif réduit ? » s'emballe l'homme d'affaires.

« Cette structure de parrainage en chaîne n'est pas sans rappeler la vente à la boule de neige », observe toutefois Brigitte Misse du cabinet Bensoussan, spécialiste du droit des consommateurs sur Internet. Dans ce type d'entreprise, chaque sociétaire, se rémunère en ponctionnant le chiffre d'affaires de ses filleuls. Mediabarre contre-attaque en rappelant que dans son cas, les membres n'ont rien à payer : seuls les annonceurs mettent la main au portefeuille.

Interrogés à ce sujet, les fournisseurs d'accès « Club Internet » et « Free » n'envisagent pas pour l'instant de rémunération leurs abonnés. Ni « Yahoo France », pour qui « l'absence de transactions financières avec les utilisateurs est une question de, principe », La maison mère américaine teste toutefois un système de fidélisation par capitalisation de points, qui, en cas de succès, pourrait être introduit sur le site français dans les mois à venir.

Les « jackpots » au banc d'essai

Créé au mois de septembre par un chef d'entreprise au chômage, un site web Picsou.net passe au crible les offres de surf rémunéré. Un tableau comparatif permet de faire le point sur les conditions financières proposées aux internautes, que les sociétés semblent compliquer à loisir : quand on ne limite pas le nombre de « filleuls », c'est le volume de connexions mensuelles autorisées qui en prend un coup. Sur la cinquantaine d'entreprises prises de ce type, seule une poignée fonctionne en France. On serait bien en peine de conseiller tel site plutôt qu'un autre, dans la mesure où pas un seul n'a encore payé ses « parrains » outre-Manche. Deux d'entre eux font exception: outre AllAdvantage, Spedia a déjà fait des heureux dans l'hexagone.