Delphine Moreau
Le principe n'a rien d'une plaisanterie.
Si les internautes, qui souscrivent à ces offres, sont bien « payés
pour surfer », ils doivent accepter, en contrepartie, de
visionner des écrans publicitaires adaptés à leur profil de consommation.
Le pionnier du genre, « AllAdvantage »
propose de télécharger une bannière de deux centimètres de hauteur.
Elle s'affiche en permanence sur toute la largeur de l'écran, telle
une barre de menu. Dès que l'utilisateur se connecte, les publicités
se succèdent sous la forme d'images animées. Accessoire d'aérobic
ou « fameux steak de l'Ohio ». Tous les produits
y ont droit. Pas besoin de commander pour rafler la mise : même
s'il passe ses journées sur le web des pages jaunes l'utilisateur
sera payé cinquante cents (environ 3 F) de l'heure. Mieux, en parrainant
ses amis, il touchera une commission sur leurs gains, mais aussi
sur ceux de leurs propres « filleuls »...
Les services
de surf rémunéré fleurissent sur la Toile américaine.
Ils débarquent maintenant
en France.
(Photo Studio B. Rossi.)
En admettant qu'un internaute surfe une heure
par jour, qu'il arrive à convaincre deux filleuls, et ainsi de suite,
sur cinq « générations », il percevra 666 F par mois.
Une offre tellement alléchante qu'on ne sait pas très bien à quoi
s'en tenir: Jackpot ou attrape-nigauds ? Selon l'institut de sondage
en ligne Media Metrix, « Alladvantage » fait partie des
cinq cents sites les plus visités dans le monde. Sur le web français
« Picsou » (lire ci-contre), le rendez-vous des « cash-surfers »,
l'un d'entre eux s'interroge: « Qui d'entre vous a réellement
reçu un chèque ? » Le site présente déjà une vingtaine
de photos de chèques envoyés à de fidèles internautes. « Quand
on s'abonne à ce genre de service, Les chèques ne sont émis que
deux mois après, tempère le webmaster, qui compte plus de 5
000 filleuls. Ce système fonctionnant en France depuis moins
de trois mois, les premiers chèques commencent tout juste a arriver. »
Ces sociétés de « Get paid to Surf »
(ou « GP2S ») sont donc trop récentes pour évaluer
leur fiabilité économique et le montant réel des gains qu'elles
proposent aux internautes.
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Optimiste, un groupe français a décidé de
passer autre en lançant le premier GP2S hexagonal, baptisé Mediabarre
. Il s'inspire directement d'«AllAdvantage». L'internaute doit d'abord
remplir plusieurs questionnaires d'identification. Il est, ensuite
contacté par mail pour télécharger sa Mediabarre. « Nous
sommes un peu dépassés par les événements », avoue son
administrateur, le publicitaire Hubert Janvier. Nous comptions
trouver nos premiers annonceurs promotionnels une fois passé le
seuil des 5O.000 inscrits, prévu pour le mois de mars. Nous en sommes
déjà à 65.000 ! » Un célèbre fabricant automobile coréen
aurait déjà choisi le site pour lancer son prochain modèle. D'après
Hubert Janvier, les premiers « médiabarreurs » pourraient
donc commençer à capitaliser dès cette semaine.
L'offre française semble toutefois nettement
moins avantageuse qu'aux Etats-Unis. L'internaute ne perçoit que
0,05 F par publicité regardée. Et ces dernières ne sont pas diffusées
en continu. Chaque profil d'internaute se voit attribuer un quota
de publicités par jour. Une fois ces écrans visionnés, il ne touchera
plus rien.
Enfin, l'utilisation, d'un bandeau Mediabarre
est incompatible avec d'autres systèmes de rémunération. « L'appât
du gain ne doit pas être la motivation principale des internautes
« mediabarreurs », se défend Hubert Janvier. Notre objectif
dans un premier temps, est de les aider à payer leurs factures. »
La Mediabarre a des ambitions, plus larges que la publicité. Elle
devraiit bientôt diffuser des dépêches d'actualité sur les centres
d'intérêt des membres. « Et pourquoi pas à l'avenir l'associer
à une carte à puce, qui, telle une carte de fidélité, offrirait
des billets d'avion ou des assurances à tarif réduit ? » s'emballe
l'homme d'affaires.
« Cette structure de parrainage en
chaîne n'est pas sans rappeler la vente à la boule de neige »,
observe toutefois Brigitte Misse du cabinet Bensoussan, spécialiste
du droit des consommateurs sur Internet. Dans ce type d'entreprise,
chaque sociétaire, se rémunère en ponctionnant le chiffre d'affaires
de ses filleuls. Mediabarre contre-attaque en rappelant que dans
son cas, les membres n'ont rien à payer : seuls les annonceurs mettent
la main au portefeuille.
Interrogés à ce sujet, les fournisseurs d'accès
« Club Internet » et « Free » n'envisagent pas
pour l'instant de rémunération leurs abonnés. Ni « Yahoo France »,
pour qui « l'absence de transactions financières avec les
utilisateurs est une question de, principe », La maison mère
américaine teste toutefois un système de fidélisation par capitalisation
de points, qui, en cas de succès, pourrait être introduit sur le
site français dans les mois à venir.
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