Augmentez Automatiquement votre trafic visiteurs avec AutoTraffic.net

Les puces infosLes puces informatiques Mars 2000 (n°23)

Surfez, vous êtes payé !

Une nouvelle mode déferle en France depuis peu. L'idée est simple : en contrepartie d'une bannière publicitaire s'affichant sur votre bureau et vomissant des tonnes de pub, vous percevez une rémunération horaire. Bon plan ou piège à gogo ?

Connectez-vous !

Le site ignifuge.com propose généreusement de vous verser de l'argent pour chaque visite sur sa page. Après une procédure d'inscription, il vous suffira de placer leur home page sur la page de départ de votre navigateur favori ! Gain promis : plus de 3 F pour 10 visites. Vos filleuls directs vous rapportent 1,20 F et les trois générations suivantes 0,60 F. Sortez vos calculettes !


Les sociétés qui vous "offrent" ainsi de l'argent en échange de ce masochisme publicitaire sont légion. Cette concurrence est plutôt intéressante puisque vous pouvez cumuler les inscriptions aux différents prestataires et multiplier ainsi vos gains. Bien entendu, votre bande passante et la surface utilisable de votre écran perdront d'autant... N'oubliez pas, non plus, les frais de change qui peuvent être élevés suivant les banques lorsque la société est étrangère.
La phase d'installation de ces bannières publicitaires est aisée : après communication des données personnelles (et éventuellement du numéro de votre parrain) il vous faut télécharger un soft indépendant de votre navigateur. Par exemple, le logiciel d'Alladvantage pèse tout de même 1,6 Mo. Les barres font environ 80 pixels de haut et prennent toute la largeur de votre écran. Il est donc, en théorie, possible d'afficher 9 bannières simultanément sur un écran 1024 x 768. Mais votre navigateur n'aura plus le droit qu'à... 48 pixels !

On gagne vraiment ?

Une heure de communication locale coûte 15 F environ. Avec les tarifs les plus intéressants, on peut descendre à 5 F l'heure pour l'internet. Il n'y a que dans ce cas qu'on peut réellement gagner de l'argent, si on en croit les sociétés qui mettent en place les bandeaux de pub. En effet, les plus performantes rémunèrent l'internaute 6 F l'heure, soit un gain "net" faramineux de... 1 F à l'heure ! Imaginons qu'on multiplie les barres. Compte tenu des débits et de la taille d'écran, on peut en avoir 8 simultanément. On peut donc gagner 8 F par heure, sans rien faire. Notez qu'il s'agit d'une somme très théorique, brute, et, surtout, dites adieu au surf sur le Réseau ! On comprend que certains préfèrent miser sur le parrainage.

Câblé ou ADSLé ?

Les plus chanceux disposant d'une ligne ADSL ou Câble peuvent avoir la riche idée de faire tourner la machine "à blanc". Connectez-vous avant d'aller vous coucher et encaissez au petit matin ! Cependant, cette riche idée peut les appauvrir. Car s'ils peuvent recevoir autant d'informations qu'ils le souhaitent sans bourse délier, un quota leur est souvent imposé en émission. Or, à chaque paquet d'informations reçu, l'ordinateur peut émettre un accusé de réception de 10 % environ ! Résultat : malgré les promesses publicitaires, il y a également un quota en réception au-delà duquel les connexions deviennent très chères... Sachant qu'une bannière pèse environ 10 Ko et que 120 bannières sont affichées à l'heure, à vous de faire un rapide ratio gain/coût !
De plus, les prestataires ont trouvé plusieurs parades pour vous obliger à supporter réellement ces bannières. Vous vous êtes engagé, vous allez souffrir ! Les moins précautionneux se contentent de scanner les mouvements de la souris pour détecter votre présence effective devant l'écran. C'est le cas notamment de Getpaid4. En réalité, il vous suffit de trouver à votre tour une parade pour faire bouger votre souris toute seule : accrochez-la à la queue du chat, au balancier de votre horloge du salon, ou surfez sur le net à la recherche d'utilitaires, tel Trembler. Ce dernier provoque une véritable maladie de Parkinson à votre objet fétiche qui zigzague indéfiniment sur votre  écran ! Riposte de Getpaid4 : ils vous obligent à cliquer sur 5 bannières sur 100 affichées. Mais tous n'exigent pas de telles astreintes.

Le parrain dans l'illégalité ?

Le système de rémunération est très attractif. Par un effet boule de neige, vous pouvez gonfler votre rendement horaire en parrainant vos contacts directs. Vous percevrez alors un pourcentage de leur propre rémunération. Ce n'est pas fini : une partie des gains des filleuls des générations suivantes vous est, de même, reversée. Certaines sociétés vont ainsi jusqu'à la septième génération (voir tableau) !
Mais cette rémunération rappelle la vente àla boule de neige ou des systèmes de pyramide, interdits en France. Cette vente est juridiquement "un procédé consistant a offrir quelque chose au public en lui faisant espérer l'obtention gratuite ou avantageuse de cette chose et en subordonnant cette vente au placement de bons ou tickets à des tiers ou à la collecte d'adhésions ou inscriptions" (source : Lexique des termes juridiques, Dalloz). La technique des barres publicitaires étant susceptible d'être requalifiée en vente à la boule de neige par la Direction générale de la répression des fraudes, la société française Médiabarre a suspendu son système de parrainage. Ses responsables réfléchissent actuellement à un procédé équi-valent sans risque pénal.

Arbre généalogique (quelques exemples)

Société Vous et vos filleuls
Getpaid4 0,60 dollar par heure
7 %, 5 %, 2 % (générations 4 et 5), 1 % (6 et 7)
Spedia 0,48 dollar par heure et 0,12 dollar des revenus de vos filleuls directs
Alladvantage 0,50 dollar par heure pour vous, 0,10 dollar pour la génération 2 et 0,05 pour les 4 dernières
Value paid 1 dollar l'heure, 0,10 dollar pour la 1re génération et 0,05 dollar pour les générations 2 à 5
Gotoworld 0,40 dollar par heure.
0,10 dollar pour la génération 1 puis 0,05 dollar pour les deux générations suivantes
Médiabarre 5 centimes par bannière.
2 bannières à la minute.
Pas encore active.
Plus de système de filleuls

Plein les poches!

La société Médiabarre déboursera 5 centimes par bannière affichée. Elle espère pouvoir tenir un cap de deux bannières à la minute, une fois le procédé en route courant février. On arrive donc à un gain de    6 F par heure. Les abonnés à Primaliste Internet, qui payent actuellement un peu plus de 4 F de l'heure (hors abonnement), apprécieront. Mais n'oubliez pas de compter aussi le temps passé à charger les publicités !
Concentrons-nous sur Alladvantage. Ce service vous rémunère à 0,50 dollar par heure, mais pendant 25 heures au maximum, soit 80 F environ. Seules sont comptabilisées vos connections personnelles, pas celles de vos filleuls. Le crédit Temps est généralement reportable sur le mois suivant.
L'installation du logiciel d'affichage est automatique. Mais il nous a fallu tout de même 15 minutes pour télécharger ses 1,6 Mo. Passons au calcul : si vous avez 3 contacts directs et 20 contacts indirects, vous empochez une somme avoisinant les 160 F par mois. Et ceci en ne restant connecté que 25 heures. Si on pousse un peu plus loin, on en arrive (après déduction du coût téléphonique lié au forfait Primaliste Internet) à un résultat net de 47,50 F ! A dire vrai, cet exemple est bien théorique : nous avons été incapable de rencontrer une seule personne de confiance ayant effectivement perçu les gains promis ! Par contre, ce qui est certain, c'est que les annonceurs déboursent 20 à 30 centimes par bannière (aucun taux de retour ne nous a été communi-qué). Et si on montait une société ?

Combien vous coûte la pub ?

En moyenne, un internaute télécharge, en continu, 10 Mo par heure. Prenons le cas Médiabarre. Une bannière pèse environ 10Ko. On télécharge donc 1,2 Mo par heure, puisqu'il y a 120 bannières horaires annoncées. Résultat : 12 % de votre bande passante sont utilisés par la publicité. Le gain annoncé sera amputé d'autant. Mais vous passerez environ 10 % de temps en plus à charger la même quantité d'informations utiles, toujours en gagnant un peu d'argent au passage... Du coup, au final, l'opération reste rentable. Et ceci est une hypothèse pessimiste car, pour simplifier, on ne tient pas compte du fait que lorsqu'on surfe, on passe du temps à consulter des documents sans être forcément en train de télécharger quelque chose. Comptez, par contre, la perte de temps des téléchargements plus longs et des mouvements de l'ascenseur d'une fenêtre plus petite. Et ce, d'autant plus que vous multipliez les bandeaux ! Or le temps, c'est de l'argent...

L'affaire Médiabarre

Le site www.mediabarre.com est, en France, l'un des pionniers dans le genre. Malheureusement, plusieurs hic sont à dénombrer. Après un effet d'annonce qui dura plusieurs semaines, l'offre n'est devenue effective qu'à compter du 1er janvier. De plus, elle n'est réservée qu'à 5 000 heureux élus (bêta testeurs) triés sur le volet. Les 65 000 autres inscrits doivent donc se contenter de les voir se remplir les poches ! Autre désillusion : suite à un différend avec la société d'hébergement Digiweb, le service fut hors service pendant plusieurs jours. Contactée, Digiweb s'est contentée de nous expliquer que "Médiabarre avait enfreint une certaine obligation morale".
Sous ce doux euphémisme, se cache, en réalité, une conséquence bien prévisible du système en cause : en quête d'une armée de filleuls, certains abonnés ont envahi les serveurs Mails et les forums de discussion pour y déverser leur numéro d'inscription. Les autres internautes ont donc dû payer pour recevoir des mails qu'ils n'avaient pas sollicités. En guise de représailles et pour limiter les messages parasites qui commençaient à engorger ses ordinateurs, le fournisseur d'accès Internet gratuit Free a décidé de couper la liaison avec l'ordinateur hébergeant Médiabarre, chez Digiweb. Malheureusement, ce sont plus de 150 sites situés sur le même serveur qui sont devenus indisponibles du même coup. De crainte que la situation ne contamine d'autres fournisseurs d'accès, Digiweb a été obligée de chasser Médiabarre qui a décidé de porter l'affaire devant les tribunaux dans le cadre d'une procédure d'urgence (référé). Le nœud du litige porterait sur les clauses du contrat d'hébergement qui ne mentionnent pas un tel cas de responsabilité indirecte et de sanction, même si elles condamnent expressément la méthode des spams. Car soucieuse de son image, Médiabarre avait, elle aussi, rapidement résilié les abonnements des utilisateurs indélicats. En attendant, la société a trouvé refuge sur un autre serveur et la mise en place du système devrait être effective au moment où vous lisez ces lignes. Une dizaine d'annonceurs ont été convaincus.

Manque de pot : les impôts !

Les sommes engrangées sont imposables au titre de l'impôt sur le revenu, si supérieures à 500F. Mais, le ministère de l'Économie et des Finances étant généreux, n'oubliez pas un principe fiscal de base : toute somme engagée pour acquérir ou conserver une source de revenu entre en déduction des montants imposables (lire Pirates Mag'3).
Ce qui est valable pour les frais de déplacement l'est aussi pour ceux du téléphone : de ces sommes qui seront imposables dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC), vous pourrez déduire immédiatement le montant de votre facture téléphonique correspondant à l'affichage des bannières publicitaires (sur justificatif) ! Néanmoins, l'inspecteur des impôts n'appréciera que moyennement une déduction de frais importante alors qu'aucunei entrée d'argent n'est venue arrondir vos fins de mois. Du côté des cotisations sociales, Médiabarre affirme qu'il n'y a rien à payer pour les petites sommes perçues, la limite étant de 175.000 F par an, selon elle.

Dossier écrit par Marc Rees