|
Connectez-vous !
Le site ignifuge.com propose généreusement
de vous verser de l'argent pour chaque visite sur sa page.
Après une procédure d'inscription, il vous suffira de placer
leur home page sur la page de départ de votre navigateur favori
! Gain promis : plus de 3 F pour 10 visites. Vos filleuls
directs vous rapportent 1,20 F et les trois générations suivantes
0,60 F. Sortez vos calculettes !
|
Les sociétés qui vous "offrent" ainsi de l'argent
en échange de ce masochisme publicitaire sont légion. Cette concurrence
est plutôt intéressante puisque vous pouvez cumuler les inscriptions
aux différents prestataires et multiplier ainsi vos gains. Bien
entendu, votre bande passante et la surface utilisable de votre
écran perdront d'autant... N'oubliez pas, non plus, les frais de
change qui peuvent être élevés suivant les banques lorsque la société
est étrangère.
La phase d'installation de ces bannières publicitaires est aisée
: après communication des données personnelles (et éventuellement
du numéro de votre parrain) il vous faut télécharger un soft indépendant
de votre navigateur. Par exemple, le logiciel d'Alladvantage pèse
tout de même 1,6 Mo. Les barres font environ 80 pixels de haut et
prennent toute la largeur de votre écran. Il est donc, en théorie,
possible d'afficher 9 bannières simultanément sur un écran 1024
x 768. Mais votre navigateur n'aura plus le droit qu'à... 48 pixels
!
|
On gagne vraiment ?
Une heure de communication locale coûte 15
F environ. Avec les tarifs les plus intéressants, on peut
descendre à 5 F l'heure pour l'internet. Il n'y a que dans
ce cas qu'on peut réellement gagner de l'argent, si on en
croit les sociétés qui mettent en place les bandeaux de pub.
En effet, les plus performantes rémunèrent l'internaute 6
F l'heure, soit un gain "net" faramineux de... 1 F à l'heure
! Imaginons qu'on multiplie les barres. Compte tenu des débits
et de la taille d'écran, on peut en avoir 8 simultanément.
On peut donc gagner 8 F par heure, sans rien faire. Notez
qu'il s'agit d'une somme très théorique, brute, et, surtout,
dites adieu au surf sur le Réseau ! On comprend que certains
préfèrent miser sur le parrainage.
|
Câblé ou ADSLé ?
Les plus chanceux disposant d'une ligne ADSL ou
Câble peuvent avoir la riche idée de faire tourner la machine "à
blanc". Connectez-vous avant d'aller vous coucher et encaissez au
petit matin ! Cependant, cette riche idée peut les appauvrir. Car
s'ils peuvent recevoir autant d'informations qu'ils le souhaitent
sans bourse délier, un quota leur est souvent imposé en émission.
Or, à chaque paquet d'informations reçu, l'ordinateur peut émettre
un accusé de réception de 10 % environ ! Résultat : malgré les promesses
publicitaires, il y a également un quota en réception au-delà duquel
les connexions deviennent très chères... Sachant qu'une bannière
pèse environ 10 Ko et que 120 bannières sont affichées à l'heure,
à vous de faire un rapide ratio gain/coût !
De plus, les prestataires ont trouvé plusieurs parades pour vous
obliger à supporter réellement ces bannières. Vous vous êtes engagé,
vous allez souffrir ! Les moins précautionneux se contentent de
scanner les mouvements de la souris pour détecter votre présence
effective devant l'écran. C'est le cas notamment de Getpaid4. En
réalité, il vous suffit de trouver à votre tour une parade pour
faire bouger votre souris toute seule : accrochez-la à la queue
du chat, au balancier de votre horloge du salon, ou surfez sur le
net à la recherche d'utilitaires, tel Trembler. Ce dernier provoque
une véritable maladie de Parkinson à votre objet fétiche qui zigzague
indéfiniment sur votre écran ! Riposte de Getpaid4
: ils vous obligent à cliquer sur 5 bannières sur 100 affichées.
Mais tous n'exigent pas de telles astreintes.
Le parrain dans l'illégalité
?
Le système de rémunération est très attractif.
Par un effet boule de neige, vous pouvez gonfler votre rendement
horaire en parrainant vos contacts directs. Vous percevrez alors
un pourcentage de leur propre rémunération. Ce n'est pas fini :
une partie des gains des filleuls des générations suivantes vous
est, de même, reversée. Certaines sociétés vont ainsi jusqu'à la
septième génération (voir tableau) !
Mais cette rémunération rappelle la vente àla boule de neige
ou des systèmes de pyramide, interdits en France. Cette vente est
juridiquement "un procédé consistant a offrir quelque chose au
public en lui faisant espérer l'obtention gratuite ou avantageuse
de cette chose et en subordonnant cette vente au placement de bons
ou tickets à des tiers ou à la collecte d'adhésions ou inscriptions"
(source : Lexique des termes juridiques, Dalloz). La technique des
barres publicitaires étant susceptible d'être requalifiée en vente
à la boule de neige par la Direction générale de la répression des
fraudes, la société française Médiabarre a suspendu son système
de parrainage. Ses responsables réfléchissent actuellement à un
procédé équi-valent sans risque pénal.
|
Arbre généalogique
(quelques exemples)
| Société |
Vous et
vos filleuls |
| Getpaid4 |
0,60 dollar par heure
7 %, 5 %, 2 % (générations 4 et 5), 1 %
(6 et 7) |
| Spedia |
0,48 dollar par heure et
0,12 dollar des revenus de vos filleuls directs |
| Alladvantage |
0,50 dollar par heure pour
vous, 0,10 dollar pour la génération 2 et
0,05 pour les 4 dernières |
| Value paid |
1 dollar l'heure, 0,10 dollar
pour la 1re génération et 0,05 dollar pour
les générations 2 à 5 |
| Gotoworld |
0,40 dollar par heure.
0,10 dollar pour la génération 1 puis 0,05
dollar pour les deux générations suivantes |
| Médiabarre |
5 centimes par
bannière.
2 bannières à la minute.
Pas encore active.
Plus de système de filleuls |
|
|
Plein les poches!
La société Médiabarre déboursera 5 centimes par
bannière affichée. Elle espère pouvoir tenir un cap de deux bannières
à la minute, une fois le procédé en route courant février. On arrive
donc à un gain de 6 F par heure. Les abonnés à
Primaliste Internet, qui payent actuellement un peu plus de 4 F
de l'heure (hors abonnement), apprécieront. Mais n'oubliez pas de
compter aussi le temps passé à charger les publicités !
Concentrons-nous sur Alladvantage. Ce service vous rémunère à 0,50
dollar par heure, mais pendant 25 heures au maximum, soit 80 F environ.
Seules sont comptabilisées vos connections personnelles, pas celles
de vos filleuls. Le crédit Temps est généralement reportable sur
le mois suivant.
L'installation du logiciel d'affichage est automatique. Mais il
nous a fallu tout de même 15 minutes pour télécharger ses 1,6 Mo.
Passons au calcul : si vous avez 3 contacts directs et 20 contacts
indirects, vous empochez une somme avoisinant les 160 F par mois.
Et ceci en ne restant connecté que 25 heures. Si on pousse un peu
plus loin, on en arrive (après déduction du coût téléphonique lié
au forfait Primaliste Internet) à un résultat net de 47,50 F ! A
dire vrai, cet exemple est bien théorique : nous avons été incapable
de rencontrer une seule personne de confiance ayant effectivement
perçu les gains promis ! Par contre, ce qui est certain, c'est que
les annonceurs déboursent 20 à 30 centimes par bannière (aucun taux
de retour ne nous a été communi-qué). Et si on montait une société
?
|
Combien vous coûte la pub ?
En moyenne, un internaute télécharge, en
continu, 10 Mo par heure. Prenons le cas Médiabarre. Une bannière
pèse environ 10Ko. On télécharge donc 1,2 Mo par heure, puisqu'il
y a 120 bannières horaires annoncées. Résultat : 12 % de votre
bande passante sont utilisés par la publicité. Le gain annoncé
sera amputé d'autant. Mais vous passerez environ 10 % de temps
en plus à charger la même quantité d'informations utiles,
toujours en gagnant un peu d'argent au passage... Du coup,
au final, l'opération reste rentable. Et ceci est une hypothèse
pessimiste car, pour simplifier, on ne tient pas compte du
fait que lorsqu'on surfe, on passe du temps à consulter des
documents sans être forcément en train de télécharger quelque
chose. Comptez, par contre, la perte de temps des téléchargements
plus longs et des mouvements de l'ascenseur d'une fenêtre
plus petite. Et ce, d'autant plus que vous multipliez les
bandeaux ! Or le temps, c'est de l'argent...
|
L'affaire Médiabarre
Le site www.mediabarre.com est, en France, l'un
des pionniers dans le genre. Malheureusement, plusieurs hic sont
à dénombrer. Après un effet d'annonce qui dura plusieurs semaines,
l'offre n'est devenue effective qu'à compter du 1er janvier. De
plus, elle n'est réservée qu'à 5 000 heureux élus (bêta testeurs)
triés sur le volet. Les 65 000 autres inscrits doivent donc se contenter
de les voir se remplir les poches ! Autre désillusion : suite à
un différend avec la société d'hébergement Digiweb, le service fut
hors service pendant plusieurs jours. Contactée, Digiweb s'est contentée
de nous expliquer que "Médiabarre avait enfreint une certaine
obligation morale".
Sous ce doux euphémisme, se cache, en réalité, une conséquence bien
prévisible du système en cause : en quête d'une armée de filleuls,
certains abonnés ont envahi les serveurs Mails et les forums de
discussion pour y déverser leur numéro d'inscription. Les autres
internautes ont donc dû payer pour recevoir des mails qu'ils n'avaient
pas sollicités. En guise de représailles et pour limiter les messages
parasites qui commençaient à engorger ses ordinateurs, le fournisseur
d'accès Internet gratuit Free a décidé de couper la liaison avec
l'ordinateur hébergeant Médiabarre, chez Digiweb. Malheureusement,
ce sont plus de 150 sites situés sur le même serveur qui sont devenus
indisponibles du même coup. De crainte que la situation ne contamine
d'autres fournisseurs d'accès, Digiweb a été obligée de chasser
Médiabarre qui a décidé de porter l'affaire devant les tribunaux
dans le cadre d'une procédure d'urgence (référé). Le nœud du litige
porterait sur les clauses du contrat d'hébergement qui ne mentionnent
pas un tel cas de responsabilité indirecte et de sanction, même
si elles condamnent expressément la méthode des spams. Car soucieuse
de son image, Médiabarre avait, elle aussi, rapidement résilié les
abonnements des utilisateurs indélicats. En attendant, la société
a trouvé refuge sur un autre serveur et la mise en place du système
devrait être effective au moment où vous lisez ces lignes. Une dizaine
d'annonceurs ont été convaincus.
|
Manque de pot : les impôts !
Les sommes engrangées sont imposables au
titre de l'impôt sur le revenu, si supérieures à 500F. Mais,
le ministère de l'Économie et des Finances étant généreux,
n'oubliez pas un principe fiscal de base : toute somme engagée
pour acquérir ou conserver une source de revenu entre en déduction
des montants imposables (lire Pirates Mag'3).
Ce qui est valable pour les frais de déplacement l'est aussi
pour ceux du téléphone : de ces sommes qui seront imposables
dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (BNC), vous
pourrez déduire immédiatement le montant de votre facture
téléphonique correspondant à l'affichage des bannières
publicitaires (sur justificatif) ! Néanmoins, l'inspecteur
des impôts n'appréciera que moyennement une déduction de frais
importante alors qu'aucunei entrée d'argent n'est venue arrondir
vos fins de mois. Du côté des cotisations sociales, Médiabarre
affirme qu'il n'y a rien à payer pour les petites sommes perçues,
la limite étant de 175.000 F par an, selon elle.
|
Dossier écrit par Marc
Rees
|